Un "livre blanc"

En 2019, un des cohabitants a désiré coucher sur le papier une description plus détaillée du projet, du vécu (ou de son vécu, subjectif), assortie de réflexions sourcées (ça se dit, avec les sources pour aller plus loin ?). Dans l’esprit de se dire que si cela peut susciter au moins une réflexion, chez une personne, qui amène à questionner sa manière d’habituer actuellement, et désirer changer, eh bien, le but sera déjà atteint. Et si cela fait envie de nous rejoindre (ou de rejoindre un autre groupe), c’est encore mieux ! Le document « Une suite pour Mosaïk… » est retranscrit ci-dessous (version 11 mai 2020).
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Une suite pour Mosaïk…

(oui, mais laquelle ?!)

1    Introduction

1.1  Mosaïk en quelques mots

Mosaïk est le nom donné à un ‘cohabitat’, ou ‘habitat participatif’ (voir ci-dessous § 1.2 pour une description), dans la région des Trois Frontières (Haut-Rhin), côté France, à quelques kilomètres de Bâle (Suisse). Il est né en 2011 grâce à trois familles se regroupant autour d’une vision commune, achetant une grande maison (pour les trois appartements individuels) avec un bâtiment annexe (pour des surfaces communes), sur une petite propriété à Hagenthal-le-Haut (68220).

La première page du document imprimé.

1.2  L’habitat participatif

C’est une manière d’habiter entre l’habitat individuel et la vie communautaire — plus écologique, plus économique, plus solidaire. Une sorte de « 3ème voie », comme le disent certains.

« L’habitat participatif permet à des groupes de citoyens de concevoir, créer et gérer leur habitat collectivement en combinant logements privatifs et espaces communs.
Ce mode de production de l’habitat est ouvert à toutes et à tous, de tout âge, tout niveau de ressources, tout milieu social, toute activité…
Les volontaires constituent un groupe qui se fédère autour d’un projet de vie et de relations de voisinage en élaborant leur programme architectural en fonction de leur capacité de financement, de leurs valeurs et de leurs aspirations, en particulier en matière de vie sociale et d’écologie. Les projets qui en découlent peuvent être de nature très différentes : dans le neuf ou dans l’ancien ; en ville ou en zone rurale ; en accession, en location ou encore en jouissance ; en partenariat avec des organismes HLM, en autopromotion, …
Ils se réapproprient ainsi les décisions et responsabilités de l’acte de construire ou de rénover, d’adapter et d’entretenir leur lieu de vie, leur habitat.

Vivre en habitat participatif, c’est choisir d’habiter autrement avec ses voisins dans un esprit de partage et de solidarités. » [1]

« Si la notion de « vivre autrement » est fondatrice de l’habitat participatif, le développement durable en est aussi l’un des piliers. » [2]

Chaque famille fonctionne de manière indépendante au quotidien, tout en étant intentionnellement en relation avec les autres, par la mutualisation d’achats, des temps ensemble, de l’entraide, du babysitting ; bref, ce que le groupe décide de vivre, avec ses propres données (nombre de personnes et leurs âges, surfaces, temps libre, positionnement du « curseur individuel-commun »).

Pour plus d’informations sur l’habitat participatif en France, voir les quelques ressources en ligne référencées. [3] Nous avons quelques livres sur le sujet, en prêt, qui développent en profondeur certains aspects. [4]
 

1.3  Raisons de ce document

Une des trois familles est partie de Mosaïk à l’été 2019, pour raisons professionnelles. Malgré plus d’une année de recherche d’intéressés pour les remplacer, par nos réseaux de connaissances que nous espérions assez importants, force est de constater qu’il n’y a pas foule au portillon – et un appartement vide !

A l’époque, les porteurs du projet initial, les Yoder, avaient écrit un document [5] et l’avaient fait circuler auprès de leurs connaissances, afin de présenter leur projet à l’état imaginaire. Deux après, nous emménagions. Huit ans après, la maison est toujours là. Le projet est devenu un vécu. Et nous désirons qu’il continue. Et pour cela, un troisième foyer doit se joindre.

Dans la réflexion de voir comment avancer et plus ou mieux communiquer, j’ai eu le besoin de produire ce document. L’idée est donc de fournir des pistes de réflexion à des personnes s’interrogeant sur leur manière de vivre, donc d’habiter, dans un contexte de crise écologique dans un monde fini. [6] Il s’agit de faire réfléchir des personnes déjà en marche dans leur réflexion par rapport à leur habitat, afin de potentiellement susciter un intérêt qui débouche sur un positionnement concret – soit à nous rejoindre, soit à démarrer un autre groupe dans quelques temps, ou ailleurs, soit motiver à un autre engagement de type social et écologique.

Si certains éléments de réflexion personnelle peuvent y contribuer, tant mieux. Si ce n’est le cas, cela m’aura néanmoins permis de réfléchir de manière plus formelle et structurée à l’habitat dans lequel je désire vivre personnellement, en couple, en famille… et avec d’autres.
 

1.4  Idées personnelles

Ce document est un document écrit par une seule personne du cohabitat. Les éléments personnels ne sont donc pas forcément partagés par tous les autres membres du cohabitat.

Peut-être que certains éléments de réflexion desserviront la cause. Je ne l’espère évidemment pas. Si c’est le cas, je ne peux qu’imaginer que les personnes en question n’auraient de toute façon pas adhéré à notre projet, et ce n’est pas un problème. Je pars simplement du principe que tous les moyens sont bons en l’état pour mieux faire connaître notre lieu et notre vécu. Il y a peu à perdre. C’est complémentaire à d’autres moyens.

Il n’y a pas d’esprit de jugement ou critique par rapport à d’autres personnes ne vivant pas comme nous. A chacun de trouver des réponses, certaines différentes et complémentaires, aux grands questionnements posés par la crise écologique – et pas seulement climatique – , actuelle et à encore à venir. C’est le challenge du passage à l’action, de la théorique à la pratique, également dans le domaine de l’habitat. Comment faire devoir d’action, si ce n’est pour « changer le monde », au moins par devoir de précaution ? Ceci afin de vivre pas seulement « autrement » (pour le plaisir ou l’orgueil d’être différent), mais mieux… !

Ce document est en l’état, daté, et de nouvelles versions verront peut-être encore le jour.

 

2    Motivations

2.1  Motivation écologique

A force d’entendre dire qu’on va dans le mur au niveau crise environnementale, qu’est-ce que je fais concrètement ? Est-ce que trier mes déchets, recycler ou même prendre un peu moins l’avion ne sont pas que des « mesurettes » ? Ne s’agit-il pas de vivre une forme de révolution intérieure, qui questionne en profondeur notre mode de vie, de consommation ?
Dans une émission dont je ne rappelle plus le sujet, l’économiste Frédéric Lordon avait dit que « la révolution, ce n’est pas un pique-nique » ! Nous avons besoin de choix de mode de vie plus radicaux, qui s’attaquent également aux secteurs principaux de nos émissions polluantes.

Le secteur résidentiel (associé ici au tertiaire) est également un gros poste d’émission de CO2, après le domaine des transports, au même titre que l’industrie manufacturière.[7] L’analyse « Comment s’aligner sur une trajectoire compatible avec les 1.5°C ? » [8] indique que le secteur résidentiel devrait passer en 2030 à 13 Mt CO2e afin de « coller » à ce scénario, ce qui implique une diminution de 38 Mt CO2e par rapport à 2017 – soit une diminution de 74% ! Il indique également une liste de mesures qu’il faudrait prendre aujourd’hui (en les appliquant toutes !) afin d’inscrire nos émissions de gaz à effet de serre (GES) dans une trajectoire compatible avec l’objectif de 1.5°C pour le secteur résidentiel (et les autres secteurs d’ailleurs). On y trouve, quant à notre sujet de l’habitat :

– l’interdiction de construire des maisons individuelles, sauf habitat léger !
– la construction exclusive d’habitat collectif, avec une surface maximale de 30 m2 par habitant (actuellement en moyenne de 40 m2) !

L’habitat participatif est une façon de répondre à cela, comme c’est expérimenté et vécu depuis des dizaines d’années. La mutualisation des surfaces communes, de certains achats, etc, participe à cela de manière très concrète. L’avantage économique est également certain.

L’analyse mentionnée ci-dessus indique que notre empreinte carbone par individu, en France, devrait être en 2030 d’un tiers de ce qu’elle est aujourd’hui. Certains le disent sous la forme que « chaque Français aurait besoin de 3 planètes pour vivre ». Ce que j’appelle ce « facteur 3 » me parle particulièrement, puisqu’à Mosaïk nous sommes à 3 foyers ! Nous avons par exemple sur une propriété de taille très moyenne (i.e., 7 ares) de la place pour 3 familles, avec beaucoup de surfaces communes (plus de 110 m2), alors que généralement cette surface est utilisée pour une maison individuelle dans un lotissement. Alors que tous nos pays, France et pays environnants, sont concernés par le mitage du territoire, en partie responsable de par ex. la perte de la biodiversité, il me paraît plus que questionnable d’encore construire sa propre maison individuelle.

A Mosaïk, vous êtes déjà en 2030 : le « facteur 3 » est vécu, concret, accessible immédiatement, dans une maison rénovée « bâtiment basse consommation » (BBC) (DPE consommation énergétique étiquette « A » à 39 kWhEP/m².an ; émission GES étiquette « B » à 10 kg éqCO2/m².an ; [9]), on peut acheter certains objets d’utilisation peu fréquente à 3 foyers, etc !

Je me plais à déjà vivre ici et maintenant ce « facteur 3 », même si c’est imparfait, que nous avons toujours d’autres contradictions… sur lesquelles on essaie d’être également en questionnement et en marche.
 

2.2  Motivation humaine

Sans évoquer en détail les avantages du « vivre ensemble » que l’habitat participatif offre, il reste important de se souvenir que cette dimension humaine est également très importante. Nous savons qu’ensemble on est plus fort, plus résilient. Alors pourquoi tant d’individualisme ?

Une des raisons personnelles qui m’a fait déménager ici était le sentiment profond que tout seul (= avec ma famille), dans la maison passive que j’aurais peut-être construite, je me serais dit « … and so what ? », avec une impression d’être arrivé vers un « quelque part figé ». Alors que dans notre projet, j’avais la certitude de ne pas savoir où cela allait mener – mais que même si c’est peut-être ailleurs que ce que j’imaginais ou rêvais, ce serait plus intéressant, voire excitant, car m’ouvrant à d’autres perspectives que les miennes. Pour le dire avec des mots qui sonnent (peut-être trop) bien, c’est l’intelligence collective qui mène vers un plus « grand », avec un autre volume. Un peu le principe du 1+1 = 3 appliqué au groupe.

Alors c’est sûr qu’à 3 foyers, ce vécu n’est de loin pas idéal, puisqu’on le vit mieux à 5-10 foyers par exemple. Bein oui, on a fait comme on a pu, avec les « données » en présence !

L’aspect gestion de notre temps est peut-être à mettre dans cet aspect de l’humain. Je crois que la maison individuelle peut être très chronophage (temps passé sur un chantier de construction, temps passé à l’entretien, etc). A Mosaïk, le partage des tâches permet je l’espère, en générale, d’avoir plus de temps libre. Certes, certaines problématiques administratives qui sont propres à notre cohabitat sont plus compliquées et du coup prennent plus de temps (la comptabilité, …). Mais toutes les autres sont faites par une personne pour les autres (ex : entretien extérieur, tonte du gazon, sortir la poubelle, aller au recyclage, gérer un problème de travaux, …). Certes il y a les parties communes à gérer en plus, mais cela se répartit. Quand j’entends un collègue râler de devoir (encore !) tondre son gazon, je lui réponds immanquablement qu’en 8 ans, je ne l’ai jamais fait une seule fois !
Si l’un de nous a un « chantier » qui lui tient à coeur, cela en fera profiter les autres (ex. installation photovoltaïque). Il faut donc être intéressé par cette notion de « partage du temps », pas uniquement dans ce que cela peut m’apporter personnellement (dimension égoïste), mais également dans le sens que du temps que je passe sur un projet sera du temps que d’autres ne passent pas dessus, en sachant que d’autres en bénéficient (dimension altruiste).

En cohabitat, quand on travaille à un peu d’entretien, on ne le fait pas seul… et chaque fois, on se dit que c’est tellement plus sympa et motivant de le faire ensemble que seul.e… Dans notre cas, c’est également une occasion de parler et échanger, puisque nos agendas bien remplis par notamment des engagements associatifs font que nous n’avons pas beaucoup de temps ensemble (par rapport à d’autres). Mais pour nous, cela nous convient 😉
 

2.3  Motivations psychologique, éducative

Je ne suis pas psychologue, mais ai entendu dire (où ?) qu’uniquement constater des problèmes et entendre des mauvaises nouvelles sans être actif – ou réactif – n’est pas bon pour le moral ! Même si cela ne change peut-être pas grand-chose au final, j’ai la satisfaction de faire plus ou moins ce que je peux. De pouvoir répondre à mes enfants, quand ils auront 20 ou 40 ans, que oui j’ai lu le rapport du « Club de Rome » (publié pour la première fois en 1972 avant que je sois né !), son analyse des « 30 ans après », et que face à l’avalanche de catastrophisme environnemental, j’ai déjà fait en partie ce que je pouvais…

Un gros deuil du déménagement en France (par rapport à rester en Suisse) a été pour moi le fait que mes enfants ne seraient pas parfaitement bilingues français – allemand ! J’ai laissé cela de côté, avec en moi le désir profond que notre lieu de vie incarne des valeurs humaines fortes, de leur apprendre par le vécu et l’expérience de la « normalité » qu’est l’environnement dans lequel on grandit, des valeurs qui ne s’apprennent pas à l’école (« vivre ensemble », le partage, la coopération). On a entendu des enfants du cohabitat trouver bizarre des gens dans le village vivant tout seuls, à une famille… !

J’ai entendu dans un reportage ce beau passage : « (…) Qu’est-ce qu’on laisse à nos enfants ? On leur apprend à pêcher plutôt que leur donner du poisson… On laisse des savoir-faire, ensemble… » C’était également un désir à Mosaïk : apprendre par le vécu, à nos enfants, quelque chose qui ne s’apprend pas à l’école.
 

2.4  « Motivations confinées »

En ce début du mois de mai 2020, encore en période de confinement dû au coronavirus, quelques réflexions supplémentaires. Avec un paragraphe séparé, comme cela touche à la fois au mode de vie, à l’humain, et que c’est très circonstancié…

Beaucoup parlent du « monde d’après… » : plus ci, plus ça, moins ceci, moins cela… Sans rentrer dans des grandes considérations d’ordres existentiel, spirituel, ou philosophique, je me questionne simplement si une telle crise, certes terrible à de nombreux égards, sera suffisante « pour que les choses changent » comme on dit… Pour simplifier, j’imagine qu’on s’accorde sur le constat négatif, et qu’on est d’accord sur les directions à prendre… Mais ne faudrait-il pas que la nature humaine change, au fond d’elle-même, que nos cœurs soient « transformés » ? Nous connaissons les causes, nos égoïsmes et égocentrismes qui y sont pour beaucoup. Est-ce que le « monde d’avant » ne va pas revenir un peu (trop) vite par la petite porte, tellement les forces en présence sont importantes ? L’avenir à court et moyen terme nous montrera cela.

Quand on voit que nos modes de vie sont à l’origine des pandémies,[10] ou du moins peuvent accentuer leur propagation, il y a de quoi avoir peur pour la suite. Alors si certains se sont laissés questionner par à la fois les raisons de cette crise (ou les raisons de son amplification), et désirent passer rapidement à des actions dans leur vie quotidienne, qui font la différence, à la fois concrètement et par ce qu’elles montrent, je pense sincèrement qu’une d’elle est de rejoindre un groupe d’habitat participatif existant. Certes, tu ne participeras pas à la phase de gestation, d’élaboration et de construction du projet – avec tout ce que cette phase apporte, certes – mais au moins tu ne passeras pas 5 à 6 ans de projet (si ce n’est plus, cela semble pour certains un minimum) avant que cela ne se concrétise ![7] Certes, habiter dans un habitat participatif n’empêchera pas toutes sortes de dérèglements, mais au moins, quant à cet aspect-là de ta vie quotidienne, tu feras ta part.

Au moins, avec notre « facteur 3 » (voir § 2.1), un autre lien social et la résilience augmentée d’un groupe de personnes « ensemble dans le même bateau », on est beaucoup plus à même me semble-t-il de faire face à ce type de situation de crise, sans entrer dans de la collapsologie ou un excès de crainte, et on participe à proposer une alternative qui n’entretient pas le système. Les coopératives d’habitants ont été mentionnées comme « plus fortes pendant le confinement ».[8]

Quelle satisfaction de se dire qu’un peu de cela, à sa façon et très imparfaitement certes (et il y en a tellement d’autres bien plus abouties que la nôtre), peut être vécu ici, comme dans d’autres Oasis.[9]

 

3    Questions & Réponses

En vrac, sans ordre d’importance ni exhaustivité, quelques questions-réponses plus ou moins personnelles…

Est-ce qu’on se connaissait avant le projet (avec les 2 autres familles) ?
Oui et non! Le groupe initial était de 10-12 foyers intéressés (soit familles, couples, ou personnes seules), certains se connaissant entre eux, d’autres pas ; le groupe s’étant formé par bouche-à-oreilles, dans un cadre « connaissances de connaissances ». Il y a 10 ans, le web avait moins de ressources que maintenant pour se trouver ! Ensuite, nous nous sommes retrouvés plus qu’à 3 familles cherchant un bien à acheter.

Un deuil à faire en venant à Mosaïk ?
Outre celui de mes enfants qui ne seraient pas bilingues (déjà évoqué), l’aspect architectural et esthétique de la maison (ça va mieux maintenant que la rénovation est passée par là !) et le regard des autres (dans ce coin de pays avec beaucoup de belles maisons et belles piscines !).

Quels désavantages au cohabitat ?
Il y en a… on peut voir le manque d’espace privatifs dehors, le fait que les aspects administratifs de ce vivre-ensemble sont lourds (on ne rentre dans presque aucune case aux impôts, assurances, auprès de la banque, chez le notaire, etc). Il faut y croire afin de « batailler » là au milieu. Dommage que ce boulot ne soit « que » pour 3 foyers, et pas 5 ou 10 ! Mais il est déjà pour 3 !

Une force d’un habitat participatif ?
Quand un fait quelque chose, les autres en profitent ! Nous avons vécu cela par ex. dans les travaux BBC ou l’installation des panneaux photovoltaïques, le vivons semaine après semaine (par ex. une entretient l’extérieur, un autre s’occupe du recyclage, etc.). Généralement, ce n’est pas beaucoup plus de travail de le faire pour 3 que pour 1. Un exemple tout concret : une famille a reçu un fauteuil de jardin en palettes, et tout le monde en profite. Génial, non ? Bon d’accord, quand ça ne plaît pas à tout le monde, faut y aller d’un petit coup de consensus, mais on se laisse surprendre par les autres, et on découvre et apprend de toute façon plus que tout seul…

Qu’est-ce qui vous « lie » ensemble ?
Nous avons établi une charte, qui parle de manière très générale de certaines valeurs et désirs que nous partageons – elle donne une ligne directrice – et un règlement intérieur, qui va plus dans le détail dans certains aspects plus concrets et techniques du « vivre ensemble ».

Quelles sont les particularités de notre habitat participatif ?
– en zone frontalière (France, à côté de la Suisse, près de Bâle),
– petit (3 logements),
– concrétisation rapide il y a 8 ans (une année alors entre la recherche de l’endroit et l’emménagement),
– rénovation,
– forte proportion de surfaces communes (plus de 110 m2) par rapport aux surfaces individuelles (400 m2 au total)
– … et une position très intermédiaire entre la maison individuelle et un projet d’auto-construction écologique et beaucoup de vie communautaire : pour certains cela n’est pas assez (par ex. pas de surface pour faire un grand jardin), mais nous croyons que c’est justement un avantage pour tous ceux qui voudraient du « plus » par rapport à un habitat traditionnel, sans « trop » de vivre ensemble.

Comment sont prises les décisions ?
Les décisions sont prises au consensus. On nous a parfois demandé: « mais… vous vous entendez bien ? » En 8 ans, le seul sujet de désaccord quant auquel nous ne sommes pas arrivés au consensus est… l’arbre au milieu de notre cour ! Certains désirent le garder, le considérant mi-vivant; d’autres désirent l’abattre, le considérant mi-mort ! A suivre, puisqu’il est toujours là !

Quels sont vos temps en commun ?
Un repas par mois (avec le maximum de cohabitants), un temps de méditation et prière par mois (facultatif), une réunion de travail par mois (avec au min. un.e représentant.e de chaque foyer), des temps de travail / entretien (fréquence variable), des initiatives ponctuelles dans notre salle commune (participation libre), et une journée de sortie annuelle (avec le maximum de cohabitants).
Durant certains temps, des initiatives entre 2 familles ont été vécues, comme par ex. celle d’un repas de midi ensemble (un jour de la semaine dans un foyer, un autre jour dans un autre) afin de profiter d’avoir un repas de midi de moins à faire et pour les enfants un repas avec d’autres enfants (toujours apprécié !).
Par rapport à d’autres habitats participatifs, nous vivons donc peu de temps en commun. Cela nous correspond, mais je crois pouvoir dire que nous sommes ouverts à de nouvelles propositions et idées !

Quels sont les partages matériels ?
Tout l’outillage de la cave, des appareils achetés à 2 ou 3 familles (par exemple sorbetière, appareil à croque-monsieurs, congélateur). Des prêts informels et ponctuels sont courants !
Chaque foyer n’a qu’une seule voiture (la norme dans le coin étant plutôt 2 voitures par foyer…), et si elle n’est pas utilisée, les autres peuvent en profiter : chaque voiture a son petit carnet où on note les kilomètres et on se les rembourse à un tarif préétabli.

Te verrais-tu habiter autrement, ailleurs ?
Autrement, càd en habitat non participatif, non ! Ailleurs, oui, mais dans toute la mesure du possible dans du participatif… La lecture du Rapport Meadows m’a achevé au niveau de la théorie, et le nombre d’années pour passer à la pratique de modes de vie alternatifs étant très limité, au plus le temps passe, au moins j’aurais envie de passer à autre chose.

 

4    Quelle suite pour Mosaïk ?

A déterminer et vivre ensemble !

Ce document est en l’état, à compléter avec vos questions – merci de m’en faire part par courriel, elles viendront étoffer ce document, en nouvelles versions, et serviront à faire vivre notre page Facebook !

Pour autant que par exemple la localisation ou la surface de l’appartement vous conviennent, quel est votre frein à venir ici partager un bout de chemin ensemble ? Peut-être que ce frein peut-être levé, en changeant quelque chose, ou par l’information ?

Nous sommes conscients que « prendre le train en marche » a ses avantages et ses inconvénients… On se dit peut-être « oui, ça me plairait, mais… ». OK, mais alors quel est ce « mais… » ? Peut-on y changer quelque chose ? Nous sommes ouverts au partage, aux solutions, à découvrir ce que votre venue à Mosaïk nous apportera, et comment la rendre possible le cas échéant… Et si elle permet à 2 familles de continuer de vivre pour un bout de temps à un endroit où elles se sentent bien, n’est-ce pas que cela donne un sens supplémentaire à habiter quelque part… ?

J’attends vos réactions, vos critiques ou encouragements, vos nouvelles (sur notre page Facebook, voir ci-dessous).

– Luc Alexis Leuthold, Hagenthal-le-Haut, 11 mai 2020.

 

[1] https://www.habitatparticipatif-france.fr/?HPFDefinition (accès 26.09.2019)

[2] https://www.cohesion-territoires.gouv.fr/habitat-participatif-un-cadre-juridique-pour-habiter-autrement (accès 26.09.2019)

[3] Par ex. https://www.habitatparticipatif-france.fr, https://fr.wikipedia.org/wiki/Cohabitat, https://fr.wikipedia.org/wiki/Habitat_participatif_en_France, http://www.habicoop.fr/, …

[4] Par ex. Vivre autrement : écovillages, communautés et cohabitats, Diana Leafe Christian, Ecosociété, Montréal, 2006 ; Cohabiter pour vivre mieux, Marthe Marandola et Geneviève Lefebvre, JC Lattès, 2009.

[5] Le Village / Co-habitat / Concept Communautaire, Yoder, document personnel, 14.07.2005.

[6] Les limites à la croissance (dans un monde fini) – Le Rapport Meadows, 30 ans après, Donella Meadows, Dennis Meadows et Jorgen Randers, Rue de l’échiquier, 2012.

[7] https://www.insee.fr/fr/statistiques/2015759 (accès 27.09.2019)

[8] http://www.bl-evolution.com/Docs/181208_BLevolution_Etude-Trajectoire-rapport-special-GIEC-V1.pdf (accès 26.09.2019)

[9] DPE (de septembre 2019) disponible sur simple demande.

[10] https://www.lemonde.fr/planete/video/2020/04/19/pourquoi-nos-modes-de-vie-sont-a-l-origine-des-pandemies_6037078_3244.html (accès 04.05.2020)

[11] https://cler.org/les-cles-de-la-renovation-lhabitat-participatif/ (à 38’ de la vidéo, accès le 09.05.2020)

[12] https://www.franceculture.fr/societe/covid-19-les-cooperatives-dhabitants-plus-fortes-pendant-le-confinement (accès le 09.05.2020)

[13] Pour la carte des Oasis : https://www.colibris-lemouvement.org/projets/projet-oasis/carte-oasis